
Le lymphome à cellules du manteau (LCM) est un lymphome B mature représentant 5 à 7 % des lymphomes non hodgkiniens en Europe. Il touche préférentiellement l'homme (sex-ratio ~3:1), avec un âge médian au diagnostic d'environ 65 ans. Plus de 75 % des patients sont diagnostiqués à un stade IV de la classification d'Ann Arbor.
La translocation t(11;14)(q13;q32) est l'évènement fondateur, présente dans plus de 95 % des cas. Elle entraîne une surexpressionde la cycline D1 détectable en immunohistochimie. De rares cas sont cyclineD1-négatifs, et peuvent surexprimer la cycline D2 ou la cycline D3.
Principales altérations moléculaires de mauvais pronostic : mutationsde TP53 (15–20 % des cas — confirmer par NGS), del17p, del9p21 (CDKN2A),NSD2, NOTCH1/2, KMT2D. La mutation C481S de BTK est le principal mécanisme de résistance acquise aux inhibiteurs de BTK covalents.
⚠ Biopsie tissulaire indispensable. Le diagnostic repose obligatoirement sur une biopsie ganglionnaire ou d'un autre site tumoral accessible. La biopsie à l'aiguille fine seule est insuffisante. En cas de présentation leucémique, la biopsie peut être remplacée par une cytométrie de flux + FISH sur sang périphérique après validation en RCP.
• Histologie : morphologie (classique, blastoïde,pléomorphe)
• Immunohistochimie : CD5, CD20, cycline D1,SOX11, Ki-67 (index de prolifération), p53 (>50 % = haut risque)
• FISH : t(11;14), del(17p/TP53), del(9p21/CDKN2A), gain(3q), gain(8q24/MYC)
• NGS TP53, NOTCH1/2, KMT2D : recommandé si forme blastoïde/pléomorphe ou décision d'intensification
• Statut IGHV : aide à caractériser la forme indolente
• Biologie : NFS, LDH, bêta-2-microglobuline,albumine, bilan hépatique, ionogramme, créatininémie, uricémie, EPP, sérologies VHB/VHC/VIH
• Imagerie : TEP-TDM corps entier en 1ère intention ; TDM cervico-thoraco-abdomino-pelvien sinon
• La biopsie ostéomédullaire n'est pas nécessaire si le diagnostic est posé histologiquement
• Endoscopie digestive haute et basse : recommandée si atteinte médullaire ou symptômes digestifs (atteinte dans 30 % des cas, cliniquement silencieuse)
• Ponction lombaire : si forme blastoïde, pléomorphe ou suspicion d'atteinte du SNC
• Bilan pré-thérapeutique : ECG, ETT si anthracyclines envisagées ou ATCD cardiaques, EFR si autogreffe envisagée, RAI +phénotypage érythrocytaire avant anti-CD20
Le MIPI intègre : âge, ECOG PS, LDH (rapport à la normale),leucocytes. Le MIPI-b incorpore également le Ki-67 et est l'outil le plusdiscriminant.
Formule : MIPI= (0,03535 × âge) + 0,6978 (si ECOG > 1) + 1,367 × log10(LDH/LSN) + 0,9393 ×log10(leucocytes × 10⁹/L)
⚠ TP53 : l'immunohistochimie p53 seule peut être prise en défaut. La confirmation par NGS est indispensable avant d'intégrer TP53 dans une décision thérapeutique.
🔬 Priorité systématique : favoriser l'inclusion dans les protocoles de recherche clinique. Essais en cours en Centre-Val de Loire à identifier en RCP.
✅ Critères de surveillance sans traitement : forme leucémique non ganglionnaire, SOX11-négatif, IGHV muté, Ki-67 bas, absence de critères CRAB-like, pas de del(17p)/TP53 muté, MIPI faible. Surveillance rapprochée tous les 3 à 6 mois (NFS + imagerie).
📌 Données TRIANGLE (Lancet 2024 + ASH 2024 — Dreyling et al.) : non-supériorité de l'autogreffe + ibrutinib par rapport au bras avec ibrutinib sans autogreffe.
• 6 cycles en alternance : R-CHOP (cycles 1, 3, 5) et R-DHAP (cycles 2, 4, 6), avec l'ibrutinib ajouté en continu
Discuter combinaison iBTK + vénétoclax +/- anti-CD20 en RCP
📌 Étude SHINE (NEJM 2022) : ibrutinib + BR améliore la PFS vs BR seul chez les patients ≥ 65 ans (PFS 80,6 mois vs 52,9 mois). Pas de bénéfice en OS. Approuvé FDA en 1ère ligne ≥ 65 ans. En France : AMM EMA en cours d'instruction — vérifier disponibilité en RCP.
• Ou BR (bendamustine 90 mg/m² J1-J2 + rituximab)× 6 cycles + maintenance R
• Ou ibrutinib + BR si éligible (données SHINE) — à valider en RCP
• Essai clinique OASIS (ibrutinib + obinutuzumab ± venetoclax, protocole LYSA)
• Ibrutinib en monothérapie si contre-indication à la chimiothérapie intensive
• RCP spécialisée : R-CHOP peu efficace. Ibrutinib ± venetoclax à discuter. Essai clinique prioritaire.
L'évaluation suit les critères de Lugano 2014 (Chesonet al.) pour les lymphomes, basée sur la TEP-TDM et la TDM.
La MRD est évaluée par qPCR (sensibilité 10⁻⁵ à 10⁻⁶) ou NGS sur moelle osseuse et/ou sang périphérique. Elle n'est pas encore recommandée en routine hors protocole mais est au cœur des essais LYSA (LyMa, LyMa-101,OASIS).
• MRD négative post-ASCT : facteur pronostique favorable indépendant de la RC clinique
• Réapparition MRD positive en maintenance : peut guider la reprise précoce d'un traitement (concept de maintenance à la demande, LyMa-101)
⚠ Priorité absolue : essais cliniques LYSA / EUMCL en rechute. Le pronostic en rechute reste péjoratif en dehors des nouvelles thérapies ciblées. La séquence optimale (iBTK → venetoclax → CAR-T → bispécifiques) est en cours de définition.
• Réfractaire ou non aux inhibiteurs de BTK (ibrutinib, acalabrutinib, zanubrutinib)
• Antécédent ou non de venetoclax
• Antécédent ou non de CAR-T cells
• Durée de la réponse à la 1ère ligne (< 24 mois post-ASCT = rechute précoce)
• Mutation TP53, statut cytogénétique, Ki-67
• Performance status et fragilité
Prioriser les essais cliniques
• Ibrutinib si non exposé antérieurement
• Zanubrutinib (BRUKINSA®) — meilleur profil cardiaque que l'ibrutinib — AMM dans le LCM R/R
• Acalabrutinib — AMM dans le LCM R/R (≥ 1 ligne)
• Venetoclax + rituximab si rechute après iBTK
• R-DHAP/R-DHAOx + ASCT de sauvetage si patient fit et réponse à la chimiothérapie
Prioriser les essais cliniques
• CAR-T cells — Brexucabtagene autoleucel (Tecartus®): AMM EMA + avis HAS favorable maintenu (janvier 2025) pour LCM R/R après ≥ 2lignes dont un iBTK (Etude Zuma-2).
Prioriser les essais cliniques
• Pirtobrutinib (JAYPIRCA®) — iBTK non-covalent de 3ème génération, actif sur mutations C481S. Approuvé FDA (décembre 2023) dans le LCM après ≥ 2 lignes dont un iBTK covalent. Demande d'AMM EMA en cours.
• Venetoclax ± rituximab si non exposé antérieurement
• Essais cliniques (OASIS, pirtobrutinib + venetoclax,etc.) — priorité systématique
• Pneumocystose : cotrimoxazole (Bactrim®) si corticoïdes haute dose, bendamustine ou ibrutinib (durée ≥ 6 mois). Siintolérance : aérosols de pentamidine
• Herpès/zona : valaciclovir systématique si inhibiteur de BTK, anti-CD20, ou traitement intensif
• Antifongique : fluconazole si neutropénie p rolongée ou conditionnement d'autogreffe
• Idéalement avant le début du traitement
• Pneumocoque : Prevenar 20
• Haemophilus influenzae type b
• Grippe saisonnière (patient + entourage proche)
• Zona : Shingrix® (vaccin non vivant — préféré s iimmunosuppression)
• COVID-19 : rappels selon recommandations HAS envigueur
• Vaccins vivants atténués contre-indiqués pendant le traitement et ≥ 6 mois après
• Dosage des immunoglobulines (IgG, IgA, IgM) avanttraitement et à 3, 6, 12 mois
• Substitution par immunoglobulines IV si IgG < 4 g/L avec infections récurrentes
• Sous anti-CD20 : RAI positive possible pendant ≥6 mois après arrêt — prévenir l'EFS et le site transfusionnel
• Après CAR-T : aplasie B prolongée fréquente —suivi mensuel des IgG recommandé
• Fibrillation atriale : plus fréquente avec ibrutinib (7–15 %) qu'avec zanubrutinib ou acalabrutinib — ECG régulier, avis cardiologique si ATCD
• Saignement : arrêter l'ibrutinib 3 à 7 jours avant tout acte chirurgical invasif
• Hypertension artérielle : surveiller la TA dès l'initiation
• Diarrhées : fréquentes en début de traitement ,le plus souvent transitoires
• Interactions médicamenteuses : ibrutinib =substrat/inhibiteur CYP3A4 — vérifier chaque coprescription